Pourtant

Je n'ai pas la force
Pourtant j'ai la rage

Je n'ai pas les moyens
Pourtant j'ai les poches

Je n'ai pas l'envie
Pourtant j'ai les larmes

Je n'ai pas la stature
Pourtant j'ai la taille

Je n'ai pas les épaules 
Pourtant j'ai l'encre

Je n'ai pas la joie
Pourtant j'ai pas de quoi me plaindre

Je n'ai pas l'organe
Pourtant j'ai les os

Je n'ai pas la pulsion
Pourtant j'ai la masse noire

Je n'ai pas le recul
Pourtant j'ai le flingue

(.)

(.)clair
Je
(.)
(.)
(.) sombre
Alors une (.) s'il vous plaît 
(.)l'oreille s'il vous plaît 
Jusqu'à (.) 
(.) arracher
De hautes (.)
Arrête 


(.) 
(.) (.) 
(((((((((:):(:(/)/;263;:(:(:(.(;)())€)):(:(:;/;/)-2222?,&4)58(,;€;?,

Arrête, Nico.



au fond

y a moins qu'on ne croit
de la cendre, un peu
oui
au fond

tu peux toujours courir

tu peux toujours courir
avec tes jambes maigres
vas-y cours, montre
sue des perles vas-y, viens
cours
plus vite souffle crache ta joie
pisse toi dessus mais t'arrête pas
cours
cours par là, y a de la place
pour tes trucs désarticulés
cours
vas-y ça suinte, tu pourras montrer
cours
comme tu ne peux plus t'arrêter
cours
comme ça tu restes flou dans les yeux
de ceux qui sont assis devant leur messagerie
cours
tu vas pas te tromper y a pas de chemin
y a juste l'espace de courir
pas besoin de laver tes pieds
cours
pas besoin de faire attention à la douleur
cours
t'as des crampes mais cours
le point de côté
la vue latérale mais vas-y
cours
pas besoin de te faire comprendre
ravale ta colère en une âcre gorgée
dévale, déroule tes peaux usées
cours
rien à dépasser tout est à côté 
tout est ailleurs alors
cours

V.R.A.C.

Rien ne semble se passer.
J'ai la nausée.
Il y a quelqu'un qui s'endort
Les hommes croisent les bras, ou défendent quelque chose avec leurs regards perçants 
La femme en rouge, elle est en rouge pour quelqu'un d'autre.
On oublie.
Être distrait
Quel étrange duel, il fait des mmh mmh très vite dès qu'elle parle, elle essaye de dire qui elle est ce qu'elle a fait. Il ne trouve plus la porte d'entrée pour parler de lui. Alors il décide de l'interroger, ça lui donne une nouvelle place. Tout est toujours une affaire de place. Tous ceux qui écoutent veulent avoir une place aussi, mais comme il n'y a pas d'accès par la parole, ça se jouera avec une petite quinte de toux, une main sur le front, les yeux qui se ferment. Les propriétaires de la parole versent un peu dans l'abus de références. Il est doué, il la ramène à l'anecdote, sur laquelle il peut tartiner une dimension plus élevée.
Charlotte a des lunettes, et les tétons qui pointent.
Et un truc aigri dans le cou.
Il faut chercher un point aveugle. Comme l'angle mort dans le rétroviseur.

Ligne


Un jour il entend parler d'une guerre. À partir de ce jour il devient, peu à peu, un autre avec les mêmes organes.

Un jour il offre une cacahuète à un homme qui lui mendie une pièce. L'homme le prend mal. Pourtant lui se souvient avoir trouvé un oignon dans le caniveau. Et avoir pensé que c'était le meilleur repas de sa vie.

Un jour il convoque tout le monde et leur dit : "que vous partiez ou non, ce n'est plus la question" 

Un jour il se plante une aiguille pour être traversable.

Un jour il prend pourtant les armes. Mais l'histoire ne dit pas contre qui.

Le maïs peut exploser comme l'atome, l'homme et la nova

Ah et maintenant je vais me regarder un bon putain de sacré film oh ça oui un sacré putain de bon film avec un héros qui serait vraiment bien complètement possiblement comme je voudrais être à la hache finement coupé car si bien affûtée et puis les reflections l'effet de lentille dans l'image saturée de lumière et de poussière sur une putain de musique qui ne fini jamais vers son apothéose inextinguible bordel qui nous file la putain de chair de poule bien en profondeur jusqu'au niveau quantique à nous pisser de l'au-delà du cosmos dans la gueule jusqu'à ce que ça nous révèle par l'âme le plasma et les yeux encitronnés que le sel dans la goutte et toute la clique d'univers de mes deux sont amour.

Putain ça va être bien.

aaah oui mais

sinon

on aurait pu regarder ensemble
on aurait pu parler dans la bouche de l'autre
on aurait pu s'asseoir le dos
on aurait pu passer la main
on aurait pu rire à la gorge
on aurait pu retourner au point A
on aurait pu revenir au point B
on aurait pu mettre du sel
on aurait pu inviter un Trou à notre table
on aurait pu se sou-t-v-enir
on aurait pu prendre le petit déjeuner
mais

pourquoi pas oui
mais
c'est par là oui
mais
entrez sans frapper oui
mais
oh
mais
non en fait
aaah
mais non
en fait
aaah
mais non,



en fait

Les savons


Il fait chaud. On est dans l'eau, on est dans l'humide, dans les milliards de particules. Je les connais bien, les particules. On est dans la torpeur, la vapeur, l'apesanteur. On est dans l'eau. Dans l'eau il y a les savons. Je les connais bien les savons, ils sont bien sculptés, les savons. Ils aiment se faire mousser. Ici ils jouent au balcon, là ils sortent leurs marques en bas-reliefs. Savon de Marseille, savon de ville, savon de province, savon parfumé, savon au beurre de karité, ils aiment qu'on les mate, les savons. La surface propre comme un mur au Ripolin, ils prennent la pause sexy mouillée, bien tendus, quand ils courent à petits pas chercher la balle dans les particules. 
J'aimerais tellement être un savon. Avoir l'allure et le parfum, les essences chimiques aux couleurs tape-à-l'œil, le bas-relief bien sorti, avoir une marque de fabrique, une démarche nonchalante et chaloupée, un teint huileux, un œil sûr et la peau qui mousse sous les regards admirateurs et vite conquis. On les mate, ils aiment qu'on les mate, et ils moussent de plus belle.
Je ne suis pas con, et quand on me dit que le savon s'émousse autant qu'il mousse je sais bien qu'on a raison, mais ça n'enlève pas ma tristesse, ça n'efface pas mes regrets, ça n'avale pas ma colère de ne pas être un putain de savon.
Je devrais leur pisser dessus, mais j'arrive juste à mouiller mes godasses, parce que j'ai la vessie usée. Je me dis que j'aurais dû profiter d'avant pour etre un savon, si de toute façon c'est pour finir par me pisser sur les chaussures. 
J'arrête. Je repasse par là. On est dans l'eau, heureusement, les milliards de particules je les connais bien. Je sais qu'elles laveront tout ce qui coule de moi, chaque fois que je pleurerai de ne pas être un savon.