Perte de sens

Un humain tue une centaine d'humains avec un camion
Quelques humains tuent d'autres humains avec des armes
Un humain ordonne le massacre de milliers d'humains
Un autre humain celui de millions d'humains
Un humain incite au genocide de beaucoup d'humains
Quelques humains se partagent les richesses de millions d'humains 
Un humain exploite des milliers d'humains
Un humain tue un humain qu'il connaît
Un humain tue des humains qu'il ne connaît pas
Un humain exécute des centaines d'humains
Un humain tue des humains
Un humain sacrifie des humains
Un humain détruit des humains
Trois humains tuent beaucoup d'humains
Un humain massacre au hasard des humains
Un humain tue des humains dans un lieu plein d'humains
Un humain
Humain
Humain
Humain


L'entresol

Le corps de la mère
Le sexe du père 
La tête trop longtemps dans l'eau, jusqu'au cri
La poésie qui lève un morceau du voile
Les drames sous silence
L'évanouissement
Pas d'explication autre
Pas de recours à la matérialité 
Les premières envie de fuir
Par l'évacuation d'eau
Seule issue, impossible issue
Sauf pour les glaires qui flottent dans la mousse du bain.

Les aventures de Soporman / épisode 6574738

Résumé des épisodes précédents :
Soporman comprend qu'il ne comprend pas.

Alors que les fantômes s'agitent autour de cette histoire de sommeil (jamais bien loin de la mort),
Soporman garde les yeux dans le plafond, les plis et l'amour qui le bouleverse.
L'un d'entre eux ri de bon cœur devant les ruines de son égo réduit encore une fois en cendres (mais il n'y a pas d'urne pour ce genre de combustion). Soporman prend son élan à bras le corps. Il retire ses pelures jusqu'à suinter comme un oignon cru, ça lui pique les yeux toujours ouverts. Il est allé au bout de quelque chose, mais quelques heures plus tard son passé le rattrape dans le viseur. Son ennemi prend une autre forme, un autre nom encore, insaisissable, Soporman naïf y voit un instant un produit d'entretien des sols. C'était une ruse habile, le savon à un sale goût dans la bouche, il veut qu'on le regarde, il veut se faire mousser. Le pouvoir de Soporman est de plus en plus faible et ténu, il essaye de se recharger par les yeux et la contemplation, mais la combinaison est acide, et il a tombé le costume pour dévoiler sa vérité nue, ce qui le rend plus maigre, plus faible, plus inutile, plus loin, plus vieux, plus fragile, plus vaporeux, plus triste, plus égaré, plus con, plus inutile, plus déconfit, plus tourmenté, plus triste, plus blanc, plus étriqué plus vide plus enfantin plus écorché plus ridicule plus exposé plus cramé plus bancal plus aveugle plus noué plus 

Le savon gagne en force, il mousse, on le regarde, on l'admire dans sa pose sexy mouillée, Soporman vomi ses dernières entrailles sur son propre tas de pelures desséchées. Mais il a le temps de ramasser sa mixture, pour l'emporter dans son laboratoire secret au trente-sixième dessous. Rien n'est encore perdu, peut-être....

Suite au prochain épisode. 

C'est enfin l'hiver nucléaire dont tout le monde parle dans mon dos

J'aimerais, oui pourquoi pas, aller ailleurs
Du coup être ailleurs
Oui pourquoi pas 
J'aimerais ça etre ailleurs moi aussi
J'ai pas l'air
Mais ailleurs ailleurs
Oui
Loin ailleurs
Totalement ailleurs 
Je désire tellement ne pas être ici
Mais totalement ailleurs
Pas à cent mètres cent kilomètres 
Pas sûr une terre une île où un rocher
Non
Ailleurs
Pas de l'autre côté de ce globe
Pas dans une ville une jungle ou un désert 
Vraiment ailleurs 
Vraiment
Un ailleurs 
Tellement ailleurs
Que je ne serais plus vraiment moi
J'aimerais, oui pourquoi pas, ne plus être moi
du coup être autre chose
Oui
J'aurais plus l'air
Mais autre chose vraiment
Autre chose
Totalement autre chose
Je désire tellement ne pas être moi
Mais totalement autre chose
Autre chose ailleurs.



le furet, l'arpenteur et le pendu

jev o__
            |ud  rais __ qu________ecetro u
                                                                 |
                                                                 |
                                                                da nslen œu           d_______ d_____ans
                                                                                              |
                                                                                              |
  la ____________________________________________|
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go  
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                                                                      |
                                                                      |
                                                                     des yeux

la topologie de l'abandon

rien
en bas, le piano, le jardin, la table
les petits sermons normatifs
en haut le drame permanent
le théâtre de la déchirure
entre les deux la salle de bain
un moment d'inconscience, un poème dans les larmes
l'angoisse cristallisée dans la vapeur d'eau
sous les toits l'occupation précaire du sentiment
la main volatile dans les cheveux
l'incapacité
le déni
c'est la topologie de l'abandon
une découverte qui fait la une de mes souvenirs
une page pour écrire les vieux os
et que se reformule encore une fois la chaîne
les maillons défaits dans l'air trop dense
jusqu'à ce que je sois encore un autre
pourquoi pas
pourquoi
pour
toi


L'écharde

Hier, entre mille choses, tu m'appelles. Tu as une écharde dans le pied. Je vais trouver un moment, une aiguille et une pince à épiler. Entre mille choses. Puis ton pied sur ma jambe, dans le soleil lourd, pendant que mille choses s'écoulent. La fine pointe de métal dans la flamme du briquet, jusqu'à rougir. Les petits lambeaux de peaux, accrochés à ta douleur. Je dois retirer mes lunettes. Entre mille choses. Je dois te parler d'une histoire ancienne et drôle, pour te distraire. Les petits lambeaux de peau, les petites miettes de chair, la pointe dans l'épiderme, le nerf pas loin, le nerf au bout du bois, le moment où je te mens sur l'échéance, pour aérer ton impatience. Entre mille choses. Je te dis que j'ai de gros doigts, à force de manier de grands couteaux, que je n'ai plus les bons yeux à force de les ouvrir sous les néons, que je ne sens plus la chaleur des peaux, à force de travailler dans les frigos, que je m'étonne de cette image qu'on m'a donnée, de savoir si bien enlever les échardes des pieds des enfants. Tu me dis que j'étais le seul à ne pas abandonner, à ne pas  désespérer de leurs cris et plaintes. Que je continuais toujours jusqu'à l'extraire, sans dévier, sans lâcher le pied, sans trembler dans la peau. Je jubile de ton souvenir face au mien, je tiens le minuscule éclat au bout de la pince, j'embrasse rapidement ton orteil, puis je file, entre mille choses.


y a pas à dire

sortirparaîtreserépandrepoindresurgirapparaîtrejaillirpercerémergercoulerpointernaîtretranspirerémanersedégagerressortirfiltrerdécoulerfuirpoussersuinteréclorefuser

Et pourtant

Du soleil dans l'avenue
Un type boit sa bière 
Un car d'enfants
Ils font des signes de la main
Une poussette qui crisse
Un ouvrier communal fait une pause
Un pigeon longe le trottoir
Un souvenir d'enfance 
Une femme en bleu
Un étudiant en uniforme
Un chapeau blanc
Une lointaine connaissance dont j'ai oublié le nom
Treize heures vingt-trois 
Une cigarette
Le bus
Les passants
Les yeux dans les cellules
Les fragments de phrases
Les talons hauts
Les séquoias dans la brise 
La pression atmosphérique 
La cravate noire
Les ondes dans les oreilles
Un taxi
Quelques volutes
Les vitres fumées 
La caféine 
L'aberration des écrans 
La main de l'enfant dans celle du grand-père 
L'affiche sur la façade
La promesse d'un lieu
Le feu rouge puis vert puis orange puis rouge puis vert puis orange puis rouge puis 
Les pollens en suspension 
Un briquet oublié 
Les cheveux blancs attachés 

Et pourtant
Tout est à l'intérieur 

Peut-être vais-je te voir tourner le coin
Et marcher vers moi 
Si je compte jusqu'à vingt-deux.